Laura et ses parents frappés au foot parce qu’ils sont… Wallons

Laura et ses parents frappés au foot parce qu’ils sont… Wallons

Comme le week-end précédent, les dames du FC Menin n’ont pas fait dans la dentelle, en s’imposant 0-8 sur le terrain de Brielen, dans le cadre du championnat de 2e provinciale féminine.

Au sein de l’effectif de Menin, on retrouve trois joueuses francophones, des Mouscronnoises. Parmi elles, Laura, 26 ans, professeur de sciences, et vraie passionnée de football. Technique, longiligne, efficace face au but, Laura évolue depuis plusieurs saisons en Flandre, où elle a trouvé son bonheur sur le plan sportif.

Les remarques « déplacées », la jeune femme connaît. Lorsqu’elle évoluait à Meulebeke, déjà, son sens du but ou ses longs cheveux blonds pouvaient, parfois, susciter jalousie et noms d’oiseaux en bord de terrain.

Mais Laura a du caractère et, le plus souvent, tout rentre dans l’ordre une fois le match terminé.

- « Mais pas ce dimanche... » déplore la jeune Mouscronnoise, choquée, et qui porte au cou et à l’œil, notamment, les stigmates d’un après-match absolument scandaleux. « Dès la 1ère mi-temps, j’ai été la cible d’insultes que je juge racistes ! « Sale Française », « Sale Wallonne », « Wallons caca » : voilà ce que nous avons entendu de la part des « supporters » locaux. Cela m’a carrément sorti de mon match, j’étais dégoûtée. »

« J’ai dit stop, mais ça a continué »

En D1, dans pareille situation, l’arbitre peut décider de stopper la rencontre.

- « Là, j’ai vraiment dit stop, que ça suffisait, mais tout cela a continué de plus belle, et le referee, lui, était parti deux minutes à peine après la fin du match. »

Comme de coutume, Laura, accompagnée de sa maman, son papa, ainsi qu’une amie et une cousine, a pris un verre à la buvette du club de Brielen, en compagnie de ses équipières.

- « Mais une fois celles-ci parties, et alors que nous allions quitter les lieux, j’ai de nouveau été prise à parti par une proche d’une joueuse adverse. Cette dernière a renchéri dans le registre anti-wallon... Je lui ai demandé pourquoi elle m’insultait encore, le match était fini, et elle m’a poussé une première fois. Je l’ai repoussée, puis elle est revenue à la charge plusieurs fois et elle a fini par chuter, je me suis défendue. »

On était déjà dans le surréalisme le plus total, lorsque le pire est arrivé !

- « Je n’ai pas eu le temps de me retourner que toute son équipe me tombait dessus ! Mes parents sont venus pour me tirer de là, mais c’est alors qu’une vingtaine de personnes se sont déchaînées sur nous, littéralement ! On m’a secoué dans tous les sens, griffé au cou et au visage, arraché mon collier avec une touffe de cheveux, je suis couverte de bleus ! Pendant ce temps, ma maman a été poussée dans un buisson, tandis qu’ils ont violemment frappé mon papa - invalide - au visage et dans le ventre tout en lui tenant les mains dans le dos ! C’était d’une violence incroyable, et c’est parce que j’ai de la force et que j’ai su me protéger que je peux considérer que je m’en tire bien avec ces contusions... Cela aurait pu être bien pire. »

Le CQ de Brielen « ne sait pas »

- « Je n’étais pas au match, je sais qu’une altercation a eu lieu après la rencontre », nous a dit le correspondant qualifié de Brielen. « Pour ce qui est des propos anti-Wallons, l’arbitre n’a pas rédigé de rapport, je n’en sais pas plus. Un membre du club devait contacter le T2 de Menin lundi... »

Dimanche, Laura partait au foot pour s’amuser, pratiquer sa passion, marquer des goals et si possible gagner son match, comme tout le monde. Elle a fini la soirée entre une ambulance et un combi de police, le visage et le corps endoloris, et avec un arrêt de travail de plusieurs jours à la clé !

- « La police nous a escortés jusqu’à la voiture, c’était encore tendu. Le rapport du médecin fait état de coups et blessures sur nous trois... »

Anti-Wallons et dégénérés capables de violenter une jeune femme et ses parents ne constituent heureusement qu’une petite minorité parmi les amateurs de sport ou de foot féminin, de l’autre côté de la frontière linguistique. Laura et ses parents, « très bien accueillis à Menin », ne mettent pas tout le monde dans le même sac, aux relents nauséabonds. Mais ces agissements, inexcusables, doivent être bannis des terrains et des buvettes.

- « J’ai mal partout, les bleus sortent. Les gens de Brielen ont insinué auprès de la police que nous étions responsables ! Des joueuses de chez eux ont été blessées dans ce pugilat, mais ils étaient plus d’une vingtaine contre mes parents et moi ! C’était de l’acharnement. Je ne veux plus que cela arrive... »

Son papa: «Jamais vu ça en 40 ans dans le foot»

Lundi, Septembre 9, 2019 - 19:14

Chaque week-end, Laura peut compter sur le soutien de ses proches au bord des terrains.

« Cela fait 40 ans que je suis dans le foot, et je n’avais jamais vu cela ! », clame André, son papa, ancien joueur de Mouscron, Bruges, des Francs-Borains et du Risquons-Tout. « Des insultes, nous en entendons parfois, mais cela se tasse le plus souvent une fois le match terminé. Là, nous avons clairement été la cible d’un racisme anti-Wallon. On m’a tenu les mains dans le dos pour me frapper au ventre, au visage, à la bouche. Puis j’ai vu que ces lâches tapaient même sur Laura, ma fille, qui était au sol ! Ils ne voulaient pas nous laisser partir avant l’arrivée de la police, et ont continué à nous insulter. Le coach de Brielen, qui disait condamner les insultes pendant le match, ne s’en souvenait plus tout à coup ! Ce club a déjà connu des soucis de ce genre visiblement. »

Une maman sous le choc

Laura a perdu une bague et s’est fait arracher son collier, « qu’une dame de l’autre club m’a tout de même ramené », dit-elle.

Sa maman est, elle, sous le choc : « J’en ai très mal dormi dans la nuit de dimanche à lundi. Heureusement que le filleul de Laura, qui aime venir la voir jouer, n’était pas là cette fois. J’ai eu la peur de ma vie. Des hommes n’ont pas hésité à nous frapper ! »

J.-M. MA.

Tous

En direct

Le direct